FAQ – CSP Cholangite Sclérosante Primitive

Les journées d’information médicale (JIM) de l’association albi qui se tiennent (en principe) chaque année, depuis sa création, sont riches en échanges entre les membres de l’association, malades ou accompagnants, et les médecins venus faire des exposés sur nos maladies. Ce sont des moments privilégiés de communication directe, « sans filtre », riches d’enseignements sur les maladies inflammatoires du foie et des voies biliaires. Nous avons plongé dans nos notes et enregistrements de ces journées d’information pour retranscrire les questions les plus intéressantes sur la Cholangite Biliaire Primitive (CBP).

Quelques mots préalables de précaution : ces verbatims sont des extraits de conversation, par nature tirés du contexte d’une réponse souvent plus longue et plus complète. Il faut donc les prendre comme tels, avec une certaine réserve. Nous vous engageons à compléter l’information donnée par la lecture d’articles plus complets présentés sur ce site, et de vous faire un avis définitif sur les sujets qui vous concernent en discutant avec votre médecin, généraliste ou spécialiste.

Une dernière précision avant de plonger dans cette Foi®e Aux Questions : ces journées albi ne peuvent exister que grâce à la générosité des adhérents, à leurs cotisations et à leurs dons. Si vous trouvez des réponses utiles à vos questions, merci de nous soutenir activement avec un don, à la mesure de vos moyens.

Connaissance de la maladie

Quelle est la cause de la CSP ? La CSP est-elle une maladie auto-immune ?

La CBP attaque les petits canaux biliaires intra-hépatiques (cela s’observe au microscope sur biopsie). Mais la CSP peut également atteindre les gros canaux biliaires intra- ou extra-hépatiques et entrainer leur rétrécissement, appelé « sténose » (visualisation par cholangio-IRM). 

Aussi, quand le patient CSP présente une sténose biliaire serrée, la réflexion porte d’abord sur l’opportunité de procéder à une dilatation mécanique du canal biliaire. Dans l’affirmative (après discussion en réunion de concertation multidisciplinaire), on procède par endoscopie : soit à l’aide d’un petit ballonnet gonflable permettant au canal de reprendre forme, soit en y déposant un petit tube semi-rigide qui le maintiendra bien ouvert (« prothése biliaire » ou « stent »). Mais c’est une opération délicate. Elle peut entrainer des complications notamment infectieuses (on accède aux voies biliaires par l’estomac et le duodénum). Par ailleurs, le rétrécissement n’est pas toujours localisé sur un seul segment de gros canal extra-hépatique : il est parfois plus diffus et/ou affecte des voies biliaires intra-hépatiques peu accessibles. Au final, cette opération endoscopique est appliquée à peu de patients.

Le plus souvent, on propose donc un traitement médical. Et en France, le médicament de base reste l’AUDC (Acide UrsoDésoxyCholique).

Y a-t-il des CSP de type différents ?

On distingue deux formes très différentes de CSP : 

  • la forme classique affecte les gros canaux biliaires et s’observe sur la cholangiographie.
  • la forme moins fréquente affecte les plus petits canaux et ne s’observe qu’au microscope après biopsie hépatique. Cette dernière connait généralement une évolution plus favorable, s’étend rarement aux gros canaux et ressemble assez à la CBP. [JIM – 2018]

  La CSP à de nombreuses formes cliniques : il est donc plus correct de parler des cholangites sclérosantes primitives au pluriel. [JIM – 2017]

Il faut garder à l’esprit que l’expression «cholangite sclérosante» ne décrit qu’un phénotype (ensemble de caractéristiques qui permettent de classer une maladie). Il est tout à fait possible et probable que ce tableau puisse être lié à des causes d’agression différentes des voies biliaires. La notion d’une diversité des cholangites sclérosantes est conceptuellement importante. [JIM – 2013]

Comment distinguer les petits et les grands canaux biliaires ?

Les premiers ne sont pas visibles sur l’IRM. 10 % des cholangites ne touchent que ces petits canaux. Elles sont moins graves. [JIM – 2014]

Les hépatites médicamenteuses peuvent-elles entraîner une CSP ?

Cela ne se vérifie pas pour la CSP. [JIM – 2015]

L’évolution de la Cholangite Sclérosante Primitive

Quels sont les critères qui peuvent prédire l'évolution de la maladie ?

Les arguments pour classer la CSP parmi les maladies auto-immunes sont moins solides que pour les CBP et HAI. S’il existe vraisemblablement une composante auto-immune dans la CSP, les essais thérapeutiques faisant appel aux immunosuppresseurs ne sont pas concluants.

Les facteurs génétiques (en premier lieu, les HLA-antigènes des leucocytes humains, caractéristiques des maladies auto-immunes) interviennent pour moins de 10% dans l’apparition de la maladie. En revanche les facteurs « environnementaux » jouent un rôle déclencheur majeur.

On suppose que la CSP résulte d’une réponse immunitaire inadaptée à un stimulus d’origine intestinale. Il reste à déterminer la nature de ce stimulus (agents bactériens ?). D’où les travaux actuels sur le microbiome ou sur des médicaments tentant d’interagir sur l’axe intestin-foie. [JIM – 2018]

L’association fréquente de la CSP avec les MICI renforce l’hypothèse du rôle du microbiote. On retrouve d’ailleurs dans les voies biliaires des lymphocytes originaires du tube digestif. [JIM – 2017]

On retrouve des variants génétiques rendant compte d’une susceptibilité à développer une CSP. Mais globalement, le rôle des facteurs génétiques apparaît assez limité dans la CSP [JIM – 2017]

Comment évaluer l’efficacité des traitements ?

Apprécier l’efficacité d’un traitement est une réelle difficulté dans la CSP. On ne dispose pas de critères simples et validés. A contrario, pour le suivi de la CBP, des seuils (relatifs aux PAL, à la bilirubine ou à l’élastométrie) ont été reconnus par la communauté scientifique en deçà desquels on considère la maladie comme sous contrôle (les « critères de Paris » établis par l’équipe de Saint-Antoine). 

L’évaluation de la fibrose est délicate et nécessite parfois des biopsies hépatiques en complément de l’élastométrie. Certaines études, comme Norurso, exigent une biopsie à l’entrée du patient puis une autre au bout de deux ans d’essai. D’autres, comme Bezacler, ne nécessitent pas de biopsie et seront basées sur l’élastométrie. [JIM – 2019]

Quelle est la valeur pronostique d’une régression d’une image radiologique de sténose ?

La régression d’une lésion est extrêmement rare dans la CSP. (JIM – 2017]

Quel est le délai entre l’apparition d’une sténose à l’IRM et d’une dilatation à l’échographie ?

On ne connait pas ce délai, mais effectivement la visualisation d’une dilatation peut être retardée suite à l’apparition d’une sténose. (JIM – 2017]

Pourquoi la maladie évolue-elle de manière si différente selon les cas, certaines rapidement et d’autres pas, certaines répondant à l’AUDC et d’autres non ?

On considère en effet la CSP comme une maladie hétérogène. Elle peut rester 30 ans sans évolution ou, au contraire, se manifester sous une forme très sévère, nécessitant d’envisager une transplantation dans les 5 à 10 ans. 
  Inversement à la CBP, pour laquelle on a pu établir des facteurs pronostics clairs (« l’histoire naturelle de la maladie »), pour la CSP on ne dispose pas d’outil pour prédire de façon fiable, au moment du diagnostic, son évolution probable. Hormis bien sûr les quelques éléments factuels : ictère (marqueur de sévérité de la maladie), fibrose (probabilité accrue de dégradation), anomalie sévère des voies biliaires constatées par cholangio-IRM (malades à risque plus élevé). [JIM – 2019]

Comment progresse la cholangite sclérosante primitive ?

Une étude semi-récente (Boontra Hepatology 2013) qui a suivi près de 600 patients atteints de CSP, retrouve une survie médiane sans transplantation de 21,3 ans. Ces résultats sont meilleurs que ceux des études plus anciennes, et reflètent mieux la réalité, car les patients n’étaient pas issus exclusivement de centres de référence où sont suivis les patients les plus graves. De plus, les résultats actuels sont sans doute encore meilleurs car dans cette étude, il s’agissait de patients dont le diagnostic de la maladie a été fait dans les années 1980. [JIM – 2017]

Le traitement de la Cholangite Sclérosante Primitive

Est-ce qu'on peut traiter la CSP par la chirurgie ?

La CBP attaque les petits canaux biliaires intra-hépatiques (cela s’observe au microscope sur biopsie). Mais la CSP peut également atteindre les gros canaux biliaires intra- ou extra-hépatiques et entrainer leur rétrécissement, appelé « sténose » (visualisation par cholangio-IRM). 

Aussi, quand le patient CSP présente une sténose biliaire serrée, la réflexion porte d’abord sur l’opportunité de procéder à une dilatation mécanique du canal biliaire. Dans l’affirmative (après discussion en réunion de concertation multidisciplinaire), on procède par endoscopie : soit à l’aide d’un petit ballonnet gonflable permettant au canal de reprendre forme, soit en y déposant un petit tube semi-rigide qui le maintiendra bien ouvert (« prothése biliaire » ou « stent »). Mais c’est une opération délicate. Elle peut entrainer des complications notamment infectieuses (on accède aux voies biliaires par l’estomac et le duodénum). Par ailleurs, le rétrécissement n’est pas toujours localisé sur un seul segment de gros canal extra-hépatique : il est parfois plus diffus et/ou affecte des voies biliaires intra-hépatiques peu accessibles. Au final, cette opération endoscopique est appliquée à peu de patients.

Le plus souvent, on propose donc un traitement médical. Et en France, le médicament de base reste l’AUDC (Acide UrsoDésoxyCholique).

L' Acide UrsoDesoxyCholique (AUDC) et la Cholangite Sclérosante Primitive

L’AUDC a reçu en France une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) pour une posologie de 15 à 20 mg/kg/jour (plus forte que dans la CBP). [JIM – 2017] [JIM – 2019]

Le traitement de première intention est l’AUDC mais contrairement à la CBP il n’y a pas de certitude que ce traitement permette de ralentir la progression de la maladie. Une étude a même mis en évidence que des fortes doses d’AUDC (28-30 mg/kg) pouvaient être délétères.

Comment expliquer que l’AUDC soit nocif au-delà de 25 à 30 mg/kg/j et bénéfique de 15 à 20 mg/kg/j ?

Les études suggèrent que des doses trop fortes augmentent la concentration d’un acide biliaire particulièrement toxique. [JIM – 2014]

Que se passe-t-il en cas d’arrêt de l’AUDC ?

On peut observer une aggravation du bilan hépatique et clinique (prurit) [JIM – 2017]

Concernant l’AUDC, que penser des génériques ?

Il n’y a aucune preuve suggérant que les génériques n’aient pas les mêmes qualités thérapeutiques que les produits de marque. Ils doivent être prescrits sans crainte (en outre, l’inconvénient de leur formulation uniquement en 250 mg tombera). Il peut y avoir des sensibilités individuelles à la composition des excipients. [JIM – 2018]

Quels peuvent être les effets indésirables de l’AUDC ?

La plupart des études révèlent un pourcentage d’effets secondaires de l’ordre de 10 %. Les plus significatifs sont les troubles du transit intestinal, avec une tendance à la diarrhée en début de traitement qui disparaît avec l’adaptation de l’organisme à ce médicament. De plus, les brûlures d’estomac sont statistiquement plus importantes que dans le groupe traité par placebo. Si la maladie est déjà symptomatique des démangeaisons peuvent survenir en début de traitement. Dans la très grande majorité des cas, l’AUDC est considéré comme un médicament bien toléré. [JIM – 2014]

Traite-t-on la maladie de la même façon partout en Europe ou aux USA et pour quels meilleurs résultats ?

Constamment, les sociétés savantes (dont l’équipe de l’hôpital Saint-Antoine fait partie) échangent points de vue et avancées, d’autant que la maladie est particulièrement rare et énigmatique. Mais au final, les traitements proposés varient de par le monde.
En Europe, on prescrit généralement de l’AUDC, sauf dans les pays scandinaves qui opposent l’absence d’étude scientifique montrant les bénéfices du traitement en termes de diminution des décès et des recours à la transplantation. Cependant le traitement améliore les tests hépatiques (PAL, bilirubine). La position de l’EASL (European Association for the Study of the Liver) est de laisser le médecin libre de prescrire ou non.

Certes, alors que le nombre de transplantations causées par la CBP a globalement diminué au cours des vingt dernières années, ce n’est pas le cas pour la CSP. Mais, l’innocuité de l’AUDC (pas d’effet secondaire majeur) plaide pour sa prescription… au bénéfice du doute.

Aux USA, après avoir recommandé le traitement par AUDC, puis l’avoir déconseillé, on suggère aujourd’hui de le tester avec mise en garde contre les trop fortes doses, néfastes pour le patient.
Plusieurs essais cliniques portant sur d’autres molécules sont en cours de lancement. [JIM – 2019]

On parle beaucoup de microbiote et de transplantation fécale, peut-il y a voir un intérêt pour la CSP ?

On sait que dans la CSP on trouve un microbiote particulier avec moins de diversité, mais encore beaucoup d’interrogations persistent. Il faut donc interpréter avec prudence les résultats actuels car les conditions de recueil des selles sont très variables d’une étude à l’autre. [JIM – 2017]

L’intervention médicale sur le microbiote du patient en est aux balbutiements et il n’est pas possible (hors éventuels essais thérapeutiques) de proposer aujourd’hui des traitements selon cette voie. Il est difficile d’analyser un microbiote, car il faut contrôler en amont tous les facteurs pouvant le modifier : tabac, médicaments, alimentation.

Des études sur un petit nombre de malades ont suggéré que le microbiote d’un patient CSP était différent de celui d’un sujet sain ou encore d’une personne atteinte de MICI. Peut-être dans le microbiote d’un patient CSP y aurait-il moins de variété, avec des espèces dominantes.

La transplantation fécale a été testée sur des patients atteints de MICI avec quelques résultats prometteurs. Un protocole de transplantation va être formalisé aux USA, centré sur la CSP. En France, un protocole sera bientôt mis en place à l’hôpital Saint-Antoine, centré sur les MICI, mais qui n’exclura pas la CSP. [JIM – 2018]

Quelle place pour les probiotiques ?

Le microbiote des patients CSP semble effectivement différent de la population générale, avec notamment une moindre diversité des espèces bactériennes. L’idée d’enrichir ce microbiote a du sens, mais on ne sait pas aujourd’hui dans quelle direction agir. 

Notons qu’à contrario, la vancomycine, utilisée parfois avec succès pour traiter la CSP, est un antibiotique : par nature il détruit des espèces bactériennes !

Les études menées actuellement à Saint-Antoine suggèrent, qu’outre les bactéries, la répartition des fungi (champignons) présente également des déséquilibres dans le microbiote intestinal des patients CSP. Au total, ce domaine reste aujourd’hui un terrain pour la recherche, sans application thérapeutique en pratique clinique. [JIM – 2019]

Pourquoi traite-t-on parfois par antibiotiques ?

Les antibiotiques sont prescrits impérativement quand survient une infection des voies biliaires (angiocholite). Par ailleurs, il y a un débat sur l’usage des antibiotiques comme traitement de fond pour la CSP, débat rejoignant la réflexion sur le rôle potentiel du microbiote sur la maladie.

Des études, courtes, principalement sur les enfants et pas totalement validées ont montré que la vancomycine améliorait les tests hépatiques (phosphatases alcalines notamment). Mais il reste beaucoup d’incertitude sur son efficacité réelle alors que l’antibiotique en continu expose au risque de sélection de certains germes.

En attendant le résultat de l’essai d’envergure qui a été lancé, c’est une thérapie à envisager, avec pragmatisme, selon le patient. L’effet peut être très favorable au début, puis se dégrader. On arrête alors la vancomycine. [JIM – 2018]

Le témoignage d’un parent, dont l’enfant souffre de RCH et de probable CSP, interroge : il y a 2 ans, un traitement par vancomycine orale a été prescrit au jeune malade. Les symptômes de la RCH ont disparu en 24h. Les bilans sanguins et les imageries sont désormais normaux.

Pour les médecins, la prudence scientifique reste encore de mise, bien que des résultats spectaculaires soient effectivement constatés chez certains patients. La principale réserve tient à la résistance que certaines bactéries développent en cas d’usage prolongé de l’antibiotique.

La CSP étant très hétérogène, la vancomycine serait vraisemblablement une solution pour certains types de la maladie. [JIM – 2019]

Concernant les antibiotiques, dans toutes les maladies où il existe des interactions avec le microbiote, les antibiotiques ont été testés (même dans l’autisme). Il existe des effets mais il est difficile de généraliser les effets sur un patient à l’échelle d’une population générale d’autant plus que ces antibiotiques peuvent eux aussi avoir des effets indésirables. Dans la colite à clostridium difficile la Vancomycine orale permet le traitement en modifiant le microbiote. Donc prudence dans l’utilisation des antibiotiques car ils induisent des modifications.

Dans le traitement des cancers, l’interaction entre microbiote et thérapie est nouvelle. Les antibiotiques à larges spectres empêchent la réponse de l’immunothérapie utilisée dans le traitement de cancer. Cette relation est mal comprise et doit faire l’objet de recherche. [JIM – 2017]

Quels sont les traitements en cours d’étude pour la CSP ?

Un dérivé de l’AUDC semble prometteur : l’acide nor-ursodésoxycholique (laboratoire Falk). Une fois n’est pas coutume, les études menées ont concerné la CSP et non la CBP (pour laquelle les bénéfices supposés du traitement devraient néanmoins être comparables). Selon les modèles expérimentaux, l’acide nor-ursodésoxycholique possèderait des propriétés supérieures à l’AUDC quant aux effets anti-fibrosant et anti-inflammatoire. En effet, il augmente le débit biliaire (réduction de la cholestase) et rend cette bile plus alcaline (protection des cellules contre l’agressivité intrinsèque de la bile).

Une étude de phase 3 a démarré à Saint-Antoine, « Norurso ». Il s’agit d’une étude randomisée, contre placébo, en double aveugle : c’est-à-dire qu’une partie des patients reçoit la molécule active, l’autre une poudre de perlimpinpin, que cette attribution est tirée au sort et que ni le malade ni le médecin n’en ont connaissance.

Dans le but de diminuer la cholestase et de protéger les cellules des canaux biliaires, on commence à tester les classes de médicaments étudiées avec succès pour la CBP :

  • le bézafibrate : une grande étude nationale coordonnée par Saint-Antoine, « Bezascler », est lancée début 2020,
  • les agonistes FXR (dont fait partie l’acide obéticholique) : différentes sous-classes de cette famille seront évaluées prochainement

De même, les thérapies anti-NOX, avec leurs propriétés anti-inflammatoire et anti-fribrosante, seraient de bons candidats pour évaluation dans la CSP. Le laboratoire y réfléchit.

Puisqu’on admet que la CSP présente une composante auto-immune, il serait légitime de chercher à intervenir sur le système immunitaire. Dans ce domaine, deux pistes sont explorées :

  • une action sur les lymphocytes T impliqués dans l’agression des cellules biliaires : des molécules sont en cours d’évaluation en Grande-Bretagne.
  • l’emploi de molécules développées pour traiter les MICI (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, c’est-à-dire RectoColite Hémorragique ou maladie de Crohn), telle le vedolizumab (laboratoire Takeda) : mais les premiers résultats sont discordants.

Une autre voie serait d’intervenir sur le microbiote intestinal, avec deux approches différentes :

  • le recours aux antibiotiques, lesquels détruisent les bactéries ou bloquent leur croissance : après la tétracycline ou le métronidazole testés autrefois, c’est la vancomycine qui est parfois prescrite aujourd’hui. Mais cette approche expose au risque pour le patient de développer des bactéries résistantes à ces antibiotiques et à d’autres effets secondaires.
  • la transplantation fécale, qui est l’administration dans l’intestin du patient et afin de restaurer son « écologie microbienne », d’une préparation de selles issue d’un sujet sain : un essai est en cours aux USA.

Enfin, signalons d’autres pistes qui n’ont pas abouti :

  • le Simtuzumab (laboratoire Gilead) : les bons résultats expérimentaux obtenus sur la fibrose n’ont malheureusement pas été confirmés en essai clinique de phase 2.
  • les analogues FGF19 : cette hormone naturelle, libérée au niveau de l’intestin, agit dans le foie pour réprimer la synthèse des acides biliaires. Mais l’essai chez l’homme n’a pas montré de diminution significative des PAL. Il y aurait peut-être une action sur la fibrose [JIM – 2019]

Les symptômes de la Cholangite Sclérosante Primitive

Les douleurs abdominales sont-elles courantes?

Les douleurs (notamment à l’hypocondre droit) font partie de la maladie, mais en dehors des épisodes d’angiocholite (infections des voies biliaires), elles ne doivent pas être intenses. [JIM – 2018]

La CSP peut-elle aussi provoquer des douleurs musculaires ou articulaires ?

C’est moins fréquent que pour la CBP, mais d’authentiques maladies rhumatologiques peuvent être également associées à une CSP (la spondylarthrite ankylosante notamment). [JIM – 2019]

La fatigue est-elle inévitable ?

Le symptôme de fatigue est moins important que dans la CBP mais plus que chez le sujet sain. Ces résultats sont constatés dans l’étude Dyson (Liver int 2015)

Aucun traitement pharmacologique n’a prouvé son efficacité à ce jour. [JIM – 2017]

J’ai souvent des symptômes encéphalopathiques !

 L’encéphalopathie hépatique (troubles neurologiques liés à un dysfonctionnement du foie) traduit l’aggravation de toute maladie chronique du foie. Elle se manifeste sous des formes et des degrés très variables, d’un simple trouble de l’attention et d’une difficulté de concentration au coma. Son apparition incite les médecins à recommander une transplantation hépatique. [JIM – 2015]

J'ai des troubles du sommeil !

Ce symptôme n’est pas propre à la CSP. Une inversion du cycle nycthéméral, caractérisée par des difficultés d’endormissement le soir et des siestes diurnes, peut constituer le premier signe d’une encéphalopathie. Cependant, le plus souvent, il s’agit de troubles du sommeil « banals ». Nous conseillons alors au malade de prendre du Temesta ou du Seresta. Pour ce qui est de la Mélatonine, il ne s’agit pas d’une prescription médicale. [JIM – 2015]

Le suivi de la Cholangite Sclérosante Primitive

Quel est le bon rythme des contrôles à faire pour la CSP ?

Voici une proposition de surveillance d’une CSP [JIM – 2017] :

  • Tous les 6 mois :
    • examen clinique
    • dosage biologique du Ca19-9
    • bilan biologique standard
    • en cas de cirrhose, une échographie
  • Tous les ans :
    • cholangio-IRM avec examen minutieux de la vésicule biliaire (un polype de la vésicule biliaire s’avère être un cholangiocarcinome jusque dans 50% des cas) 
    •  coloscopie avec biopsies
    • Fibroscan
    • dosage vitamine D
  • Tous les 4 ans :
    • ostéodensitométrie

Est-il possible d’agir sur les phosphatases alcalines ?

<!– wp:paragraph –>
<p> Les phosphatases alcalines rendent compte de la souffrance du foie. Si nous les faisons baisser artificiellement, cela ne signifiera pas nécessairement que le fonctionnement du foie s’améliore. </p>
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<!– wp:paragraph –>
<p>S’il est bénéfique de prendre de la vitamine D, celle-ci n’a pas d’effet démontré sur les phosphatases alcalines. [JIM – 2014]</p>
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Maladies associées à la Cholangite Sclérosante Primitive

En cas d'association avec la CSP d'une Recto-Colite Hémorragique (RCH) ou d'une maladie de Crohn, quelle est la maladie déterminante ? quels rôles les maladies jouent elle l’une vis-à-vis de l’autre ?

Il y a une forte association des deux affections CSP et MICI (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin : RCH et Crohn). La MICI est généralement diagnostiquée en premier car elle se révèle plus facilement. Mais quelle maladie apparait d’abord ? On ne connait pas non plus l’origine précise des MICI. Comprendre l’association des deux maladies est un point clé. [JIM – 2018]

Une colite est associée à 60-80% des cas de CSP (RCH 75-80%, Maladie de Crohn 10-15%, inclassée 10%). Elle peut être méconnue. [JIM – 2017]

Il y a assurément des interactions complexes, mais non élucidées, entre les maladies. Ce constat est d’ailleurs un argument en faveur du rôle de la flore intestinale dans la CSP.

La MICI et la CSP évoluent indépendamment (par ex : sévérité d’un côté, bon contrôle de l’autre).

Après transplantation pour cause de CSP et alors que le patient est sous immunosuppresseur pour éviter le rejet du transplant, il arrive que la MICI s’active («poussée»), voire se déclare.

Le risque de dysplasie colique (anomalie du développement d’un tissu, événement précurseur du cancer du colon),est augmenté pour les patients CSP souffrant de MICI. Aussi, font-ils l’objet d’un suivi particulier, avec notamment coloscopie annuelle (cela, même si la MICI est peu agressive). [JIM – 2019]

En cas de MICI associée à une CSP, le risque est plus élevé de cancer du colon qu’en cas de MICI seule. Dans les recommandations, une coloscopie avec biopsies doit être systématiquement réalisée au moment du diagnostic de CSP. 

Le risque de survenue de cholangiocarcinome (cancer des voies biliaires) est d’environ 1% par an ; son diagnostic est difficile en raison des sténoses fréquentes.

En cas de cancer colique (même opéré), le risque de cholangiocarcinome est plus important. [JIM – 2017]

Un overlap syndrome (syndrome de chevauchement) pourrait-il associer un LPAC et une autre maladie biliaire ?

Le syndrome LPAC (lithiase cholestérolique génétique) peut, rarement, provoquer une cholangite secondaire des gros canaux biliaires. Cette cholangite, quand elle existe, est d’une nature différente de celle provoquée par la CSP.

Pour bien dissocier les pathologies, au moment de poser un diagnostic de LPAC, on recommande la réalisation d’une cholangio-IRM afin de vérifier si les calculs ne sont pas secondaires à une maladie inflammatoire sous-jacente des voies biliaires. [JIM – 2016]

Nous avons émis l’hypothèse selon laquelle le gène ABCB4 augmenterait la susceptibilité de développer une CSP mais cette hypothèse n’a pas été confirmée. Cette hypothèse est néanmoins actuellement reconsidérée dans lecadre de séquençages génétiques à haut débit. [JIM – 2016]

La vie quotidienne avec une Cholangite Sclérosante Primitive

J'ai entendu dire que le tabac diminuait les risques de CSP ?

Le tabac diminue le risque de développer une cholangite, mais quand la CSP est installée le sevrage tabagique doit être fait, car il y a une augmentation du risque de cholangiocarcinome. [JIM – 2017]

Quel régime alimentaire faut-il suivre quand on a une CSP ?

Certes, les patients s’étonnent que le seul conseil donné soit de « manger équilibré », mais il faut admettre que sur le plan médical et scientifique, il n’y a pas d’avancée sur le sujet.

La distribution de la CSP est inégale sur le territoire&nbsp;européen : plus fréquente au nord (Scandinavie) qu’au sud (Italie), à Lille qu’à Ajaccio. Cela entraîne des conjectures sur l’alimentation ou l’exposition au soleil… sans conclusion scientifique forte actuellement. [JIM – 2019]

Très peu d’information dans ce domaine. Uniquement une enquête alimentaire menée aux USA sur 1 000 patients. Les patients atteints de CSP mangent moins de poisson et de steak bien cuits (!). Aucune conclusion ne peut être tirée de cette étude. Une étude est en cours en Allemagne sur l’intérêt du régime sans gluten. [JIM – 2018]

Il faut privilégier un équilibre diététique général et la vitamine D. Nous ne savons rien sur les effets de la taurine. [JIM – 2014]

Quelle est l’influence de l’automédication ?

<p> Certains des patients se soignent avec de l’homéopathie ou adoptent des régimes sans gluten mais ils ne sont pas majoritaires. Si vous changez vos habitudes, vous devez en informer votre médecin.</p>
<p>Les bases de données intègrent des informations cliniques et biologiques. Elles mentionnent uniquement les traitements allopathiques. Mais une analyse de l’évolution des patients ayant modifié leur régime alimentaire pourrait être intéressante. Ces recherches commencent à alimenter la littérature médicale même si aucune conclusion n’a encore été établie [JIM – 2016].</p>

Y a-t-il contre-indication pour des vaccins ?

Pour le patient CSP, il n’y a aucune contre-indication concernant les vaccins, ni de fragilisation face aux infections, sauf au stade de la cirrhose. [JIM – 2018]

La contraception est-elle compatible avec la CSP ?

Les pilules des années 70’, très fortement dosées en hormones sexuelles, ont pu exacerber les maladies hépatiques. Aujourd’hui, en cas de CSP, quand la maladie est bien contrôlée, il n’y a plus de contre-indication à la contraception hormonale (pilule).

Pour les maladies cholestatiques sévères, être plus prudent : ne pas rajouter un facteur médicamenteux qui pourrait potentialiser la maladie. [JIM – 2018]

Puis-je continuer à faire de l'exercice physique ?

Le sport ne modifiant pas de façon négative le fonctionnement du foie, il faut s’attacher à mener sa vie le plus normalement possible. On évitera toutefois les sports de combat. [JIM – 2018]

Le facteur génétique dans la CSP

La CSP peut-elle être transmise aux enfants ?

Pour développer la maladie, on considère qu’une prédisposition génétique familiale est nécessaire, mais néanmoins non suffisante. Il ne s’agit en aucun cas d’une transmission inexorable comme pour les maladies purement génétiques (mucoviscidose, hémophilie, …). [JIM – 2019]

Pour une femme atteinte de CSP (à un stade non avancé bien sûr), il n’y a pas de contre-indication à attendre un bébé. Moins de 1% des sujets apparentés au 1° degré à un malade, développeraient eux-mêmes une CSP.

Il n’y a pas de recommandation de dépistage systématique chez les enfants nés de parents atteints de CSP. [JIM – 2018]

Quelle est la part de la prédisposition génétique dans le déclenchement d’une CSP ?

Associés à d’autres facteurs, comme l’alimentation, ces prédispositions génétiques augmentent le risque de déclencher une CSP. Mais le risque de transmission à la génération suivante demeure minime. [JIM – 2016]

Tous les malades doivent-ils se soumettre à des tests génétiques ?

Les études familiales ne sont pas indiquées pour la CSP. Il faut être très clair sur ce sujet. [JIM – 2016]

> Rédaction PaCo, albi, 19/6/2022
> Révision PhDu, albi, le 05/10/2022
> Sources : comptes-rendus des journées d’information médicale d’albi

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