7 mai 2021 | Actualités, Maladies du foie et voies biliaires, Recherche, Vie quotidienne

L’origine de nos maladies reste une inconnue. On soupçonne que des facteurs environnementaux entrent en jeu, qu’un terrain génétique pourrait favoriser leur apparition, que le microbiote joue un rôle… mais tout cela reste flou. Les chercheurs cherchent un peu tous azimuths dans l’espoir d’y voir plus clair, et ainsi d’avancer vers des traitements toujours plus efficaces.
Une des nombreuses pistes de recherche, à première vue insolite, est autour du café. Une étude récente de l’Université d’Indiana et de la Mayo Clinic (1) établit que les malades d’hépatite auto-immune (HAI) ont une consommation de café moindre que la moyenne. 25% des malades de HAI ne boivent jamais de café, contre 16% de la population; et ceux qui en boivent en prenaient de plus faibles quantités et moins souvent.
Cette observation rejoint une étude de 2014, également de la Mayo Clinic (2) sur le lien entre la consommation de café et la Cholangite sclérosante primitive (CSP) et la Cholangite biliaire primitive (CBP). Les malades de CSP consomment moins de café que la moyenne : 24% n’en boivent jamais contre 16% de la population, et 67% des malades en boivent comparé à 77% de la population. Par contre, on ne trouve pas de différence entre les malades de CBP et la population.
Faut-il de ce pas courir vous faire couler un petit noir ? Pas si vite, ce n’est pas si simple… Un commentateur de l’Université de Stanford (3) relève qu’une explication pourrait être que les personnes malades de cholangite souffrent souvent de problèmes intestinaux qui n’encouragent pas la consommation de café — la consommation plus faible serait donc une conséquence de la maladie et non une cause.
Si les chercheurs s’intéressent aux relations entre le café et les maladies biliaires, ce n’est pas pas hasard, ou une lubie. Les effets protecteurs du café sont prouvés pour nombre de maladies chroniques du foie, comme la NASH, l’hépatite C, les cirrhoses et le carcinome hépatocellulaire. Mais on ne comprend pas encore précisément pourquoi. Le café contient des milliers de composants chimiques, on connait les effets de certains d’entre eux et l’on a donc des commencements d’explication. Mais on est encore dans le doute par exemple sur l’impact du mode de préparation du café : le café filtre produit moins de cafestol et de kahwéol qu’un expresso, ces deux composants ayant des effets négatifs sur le foie. Le café décaféiné apporte-t-il les mêmes bénéfices ?
S’il est donc difficile, au stade actuel des connaissances, de recommander aux malades de modifier leur consommation de café, il est certain qu’il y a là un terrain à explorer pour les chercheurs : quels sont dans le café les composants et mécanismes bénéfiques au foie ? Peut-être une piste pour la mise au points de nouveaux traitements…
- Lammert C, Chalasani SN, Green K, Atkinson E, McCauley B, Lazaridis KN. Patients with Autoimmune Hepatitis Report Lower Lifetime Coffee Consumption. Dig Dis Sci. 2021 Apr 30. doi: 10.1007/s10620-021-06989-1. Epub ahead of print. PMID: 33939140.
- Lammert C, Juran BD, Schlicht E, Xie X, Atkinson EJ, de Andrade M, Lazaridis KN. Reduced coffee consumption among individuals with primary sclerosing cholangitis but not primary biliary cirrhosis. Clin Gastroenterol Hepatol. 2014 Sep;12(9):1562-8. doi: 10.1016/j.cgh.2013.12.036. Epub 2014 Jan 16. PMID: 24440215; PMCID: PMC4101072.
- Kumari R, Kim WR. Coffee: a panacea or snake oil for the liver? Clin Gastroenterol Hepatol. 2014 Sep;12(9):1569-71. doi: 10.1016/j.cgh.2014.04.015. Epub 2014 Apr 24. PMID: 24768813; PMCID: PMC4142094.
rédaction > 7/5/2021 PhDu albi
sources > voir ci-dessus
19 avril 2021 | Actualités
La Direction générale de la Santé a publié une note d’information urgente sur les modalités d’administration des rappels de vaccinations contre la Covid-19.
Cette note signée le 11 avril notamment du Directeur Général de la Santé, le Professeur Jérôme Salomon est destinée aux médecins , infirmier(e)s et pharmacien(ne)s.
Nous vous en avons extrait toutes les instructions pratiques selon le cas personnel qui vous concerne:
- Si vous avez subi une transplantation d’organe solide ou êtes sous traitements immunosuppresseurs forts de type anti-CD20 ou antimétabolites, une troisième dose de vaccin à ARN messager (Pfizer- BioNTech, Moderna) est nécessaire.
Voici la citation complète du texte officiel:
« Conformément à l’avis du 6 avril 2021 du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, l’injection d’une troisième dose de vaccin à ARNm est nécessaire pour les personnes sévèrement immunodéprimées (transplantés d’organes solides, transplantés récents de moelle osseuse, patients dialysés, patients atteints de maladies auto-immunes sous traitement immunosuppresseur fort de type anti-CD20 ou anti-métabolites). Cette troisième injection doit intervenir 4 semaines au moins après la deuxième dose, ou dès que possible pour les personnes qui auraient déjà dépassé ce délai.
Des recommandations seront ultérieurement émises concernant la nécessité d’une troisième dose pour les insuffisants rénaux chroniques non dialysés, les patients atteints de cancers et les patients atteints de maladies auto-immunes sous d’autres traitements immunosuppresseurs. »
Nous recommandons aux personnes ayant subi une transplantation du foie ou ayant un traitement par immunosuppresseurs (notamment en cas d’hépatite autoimmune) de vérifier auprès de leur hépatologue si elles rentrent bien dans les cas de figure visés par le paragraphe ci-dessus.
Mises à jour des 19, 24 et 27 mai 2021
Certains patients, notamment traités pour une Hépatite Auto-Immune avec les médicaments immunosuppresseurs fréquemment prescrits peuvent être concernés par cette troisième injection. Certains malades ont en effet reçu des avis de leur CPAM allant dans ce sens. Le réseau MIVB-H* constitué des experts de l’Hépatite Auto-Immune alerté le 20 mai 2021 de cette problématique a souhaité prendre une position sur ce sujet, information que nous vous avons communiquée le 24 mai. Le 27 mai 2021, le responsable du Centre Coordonnateur des Maladies Rares MIVB-H* nous a communiqué que tous les experts de l’AFEF*, de la SFT*, du GETAID* ont exprimé un avis favorable sur la possibilité de recevoir une 3ème injection de vaccin pour les personnes immunodéprimées. Ceci est un avis général, à chaque personne concernée de vérifier son cas particulier avec les médecins qui la suivent et de prendre sa décision en conséquence.
- Si vous êtes âgé(e) entre 18 et 54 ans inclus et avez déjà reçu une première dose de vaccin AstraZeneca, vous ne recevrez pas une seconde dose de vaccin AstraZeneca, une dose de vaccin à ARN messager (Pfizer-BioNTech ou Moderna) vous sera administrée, 12 semaines après la première dose de vaccin AstraZeneca reçue.
- Si vous avez reçu ou devez recevoir une première dose de vaccin à ARN messager (Pfizer- BioNTech et Moderna), le rendez-vous pour recevoir la deuxième dose sera pris dans un délai maximal de 42 jours après la première dose. Si vous êtes une personne sévèrement immunodéprimée, il appartient au médecin supervisant la vaccination de déterminer si un délai de 28 jours doit être maintenu après la première injection.
- Si vous êtes âgé(e) de 55 ans et plus, avez reçu ou devez recevoir une dose de vaccin AstraZeneca, un délai de 12 semaines interviendra entre la première et la deuxième injection de vaccin AstraZeneca.
Enfin, si vous avez été malade et guéri(e) de la Covid-19 ,
- et n’êtes pas immunodéprimée, il vous est recommandé de recevoir une seule dose de vaccin (Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca) dans un délai proche de 6 mois après l’infection.
- mais si vous présentez une immunodépression avérée (en particulier si vous recevez un traitement immunosuppresseur) il vous est recommandé, après un délai de 3 mois après le début de l’infection par la COVID-19, d’être vacciné(e) par le schéma à deux doses de vaccin.
- Dans le cas particulier où, après avoir reçu une première dose de vaccin, vous seriez confirmé(e) par test PCR avoir été infecté(e) par la COVID-19, il vous est recommandé de ne recevoir la 2ème dose de vaccin que dans un délai de 3 à 6 mois après l’infection.
>création : DaLe, albi, le 19/04/2021
>mise à jour : PhDu, albi le 19/05/2021
>mise à jour : DaLe, albi le 24/05/2021
>mise à jour : DaLe,albi le 27/05/2021
sources: Ministère de la Santé, Direction Générale de la Santé,
Comité directeur du réseau des experts MIVB-H* ( Maladies Inflammatoires des Voies Biliaires et Hépatites auto-immunes),Centre coordonnateur des Maladies rares MIVB-H,
AFEF* ( Association Française pour l’étude du Foie) , SFT* ( Société Francophone de Transplantation ), GETAID* (Groupe d’Etude Thérapeutique des Affections Inflammatoires du tube Digestif)
20 mars 2021 | Actualités, Association albi, Cholangite Biliaire Primitive, Maladies du foie et voies biliaires, Recherche, Traitements
Vous avez été plus de 600, malades de Cholangite Biliaire Primitive, à répondre à notre questionnaire diffusé en fin d’année 2020. Les questions portaient essentiellement sur les médicaments pris pour combattre la maladie : acide urso-désoxycholique (AUDC) en priorité mais aussi les traitements, relativement nouveaux, comme les fibrates ou l’acide obétIcholique (Ocaliva) qui accompagnent l’AUDC en cas d’effet insuffisant. Notre objectif était d’approfondir sur ces sujets les études réalisées ces dernières années.
Cette étude confirme que le traitement actuel par AUDC, éventuellement complété par les médicaments nécessaires pour faire face à une hépatite auto-immune associée ou combinés aux traitements de deuxième intention, mène à la stabilisation, voire l’amélioration, de la maladie dans la très grande majorité des cas. Seulement 1 malade sur 10 témoigne d’une maladie en dégradation ou d’un traitement qui doit encore faire ses preuves.
Cependant, une part importante des traitements ne respecte pas les recommandations de posologie de l’acide urso-désoxycholique (de 13 à 15 mg/kg/jour).
Cette étude confirme l’importance des effets indésirables, à la fois liés à la maladie et aux traitements comme fatigue, douleurs articulaires, démangeaisons, etc.
Vous êtes une majorité à être également sujet à une pathologie parallèlement à votre CBP, majoritairement d’autres maladies auto-immunes.
Les traitements de seconde intention concernent environ 1 malade sur 5. Notre étude montre qu’ils sont moins bien tolérés que l’AUDC, mais certains malades considèrent ce traitement d’appoint comme indispensable.
Nous avons une fois de plus confirmation que le travail de communication, information, formation des malades doit être intensifié. Nous considérons que les malades, représentés par les associations de patients, doivent participer à la construction de la politique de santé et travailler en collaboration avec les équipes médicales, comme nous le faisons depuis la création d’albi. Les enquêtes sont un moyen puissant pour la transmission des messages des malades et apporter un autre éclairage aux professionnels de santé. Comme l’écrit la Haute Autorité de Santé : “les patients disposent d’un savoir spécifique sur leur maladie. L’expérience sur le vécu de la maladie, les traitements existants, les parcours de soins, les besoins, enrichit l’évaluation des médicaments et des dispositifs médicaux.” Les patients exprimant leurs difficultés, souvent en les hiérarchisant, contribuent à l’orientation des axes de recherche nécessaires à l’amélioration de leur état de santé.
L’analyse complète des résultats de cette étude est maintenant disponible (cliquez sur ce lien ou dans le menu « comprendre sa maladie »). Nous tenons à remercier les participants d’avoir répondu à cette étude rassemblant un nombre inédit de malades de CBP. Vos commentaires sont les bienvenus sur notre forum, ou sur notre page Facebook.
rédaction > 20/03/2021 PhDu albi
sources > sources : les concepteurs et auteurs de l’enquête et de son analyse: Philippe Durand, Angela Leburgue, Daniel Leburgue, tous administrateurs d’albi
1 mars 2021 | Actualités
Nous avons le plaisir de mettre à disposition de tous les malades atteints de Cholangite Sclérosante Primitive (CSP) un document très pratique, que vous pouvez lire et télécharger en cliquant ici : Grand Large CSP* (le document étant « lourd », le téléchargement peut être un peu long selon la vitesse de votre connexion internet) .
Ce document fournit des informations afin de mieux comprendre sa maladie et se soigner, avec un souci pédagogique très adapté pour des patients,
Si ce document se met à la portée du malade pour expliquer des données scientifiques sur sa pathologie et les soins qui s’y rapportent en langage accessible et pédagogique, il donne beaucoup de conseils pour gérer son quotidien , pour se nourrir, faire de l’exercice, etc…
Vous y trouverez aussi l’interview d’un des « ambassadeurs » de l’association en région, atteint lui-même de Cholangite Sclérosante Primitive. l
Et il comporte une innovation : en téléchargeant une application sur un smartphone, il devient interactif !!
Nous vous en souhaitons bonne lecture et bonne usage.
*Ce document a été conçu de façon similaire à son « alter ego » réalisé pour la Cholangite Biliaire Primitive et publié sur notre site le 12/12/2019
> création : DaLe, albi, le 01/03/2021
> source: MayolySpindler pharma/ albi
28 février 2021 | Actualités
Le congrès annuel de l’EASL (European Association for the Study of the Liver) s’est tenu en fin d’été dernier.
Nous avions déjà relaté les communications écrites (les « posters ») publiées à cette occasion et relatives à la Cholangite Sclérosante Primitive (cf. actualité du 9 nov.) ou à l’Hépatite Auto-Immune (16 déc.). Nous concluons avec la Cholangite Biliaire Primitive (CBP).
. Le comité scientifique de l’EASL avait sélectionné une trentaine d’études traitant de la CBP. Les équipes britanniques et américaines faisaient la course en tête (7 posters chacune), suivies par l’Italie, l’Espagne et le Japon (3 posters).
. Par comparaison aux CSP et HAI, ce nombre plus élevé de communications reflète la moindre rareté de la maladie, mobilisatrice, ainsi que l’émergence des traitements de seconde ligne. Une place importante a également été donnée à la prise en charge (diagnostic, pronostic, suivi). En revanche, la recherche fondamentale a publié relativement peu cette année.
Passons en revue ces travaux.
. Concernant la qualité de vie, une enquête auprès des malades a été réalisée au Canada à partir d’un questionnaire déclaratif de standard international (le PBC-40). Elle enseigne que les populations indigènes seraient, à tous points de vue, plus fortement impactées par le fardeau de la maladie que les autres habitants du pays.
. Une étude épidémiologique britannique revient sur le lien déjà évoqué entre CBP et mines de charbon. Elle confirme que la proximité d’exploitations charbonnières aurait contribué à augmenter le risque de déclarer la maladie, mais sans pouvoir préciser la relation de cause à effet.
. Une équipe américaine a voulu investiguer les éventuelles spécificités de la maladie liées au sexe masculin. Sur une importante cohorte de patients au stade avancé (cirrhose compensée) et où les hommes étaient prépondérants, elle a associé le sexe masculin à une augmentation des risques de décompensation ou de décès.
. Dans le domaine du diagnostic, on a cherché à identifier, pour l’imagerie IRM, des caractéristiques propres à la CBP. Si le signe du halo péri-portal est bien corrélé à une fibrose significative, rien n’a pu être associé à l’intensité de l’inflammation hépatique.
. Une autre étude confirme qu’au moment même du diagnostic, la mesure de dureté du foie (élastométrie impulsionnelle type Fibroscan®) est apte à identifier les fibroses hépatiques modérées à sévères. Elle surpasse les évaluations basées sur les analyses sanguines (scores APRI ou FIB-4). Elle n’est perturbée ni par la cholestase ni par l’éventuelle stéatose.
. Par ailleurs, il existe des patients testés positifs aux anticorps anti-mitochondries et/ou aux anticorps antinucléaires spécifiques de la CBP mais présentant des taux de phosphatases alcalines (PAL) normaux. Pour ces malades, les biopsies issues d’une cohorte suisse confirment malheureusement la présence de modifications histologiques de type CBP. On suggère de considérer la gamma-glutamyl-transférase (GGT) comme un marqueur secondaire de la maladie.
. Enfin, on a tenté de caractériser la fatigue qui affecte de nombreux malades. La proposition distingue la fatigue ‘centrale’, lourde et associée à des symptômes cognitifs, de la fatigue ‘périphérique’, moins sévère et sans ces symptômes.
. Selon une étude internationale, le taux sérique de GGT peut prédire le risque de transplantation ou de décès. Son suivi améliore un pronostic reposant uniquement sur celui des PAL. En outre, il peut s’y substituer quand des comorbidités faussent le niveau de ces PAL.
. Une analyse américaine, fondée sur une grande cohorte de patients présentant une cirrhose compensée, établit que la bonne réponse du malade au traitement par acide ursodésoxycholique (AUDC) est associée à une réduction significative des risques de décompensation et de décès.
. Enfin, une équipe japonaise expose la supériorité du système de classification Nakanuma pour caractériser l’activité et le stade de la maladie ainsi que pour anticiper la réponse au traitement par AUDC.
. Plusieurs travaux s’intéressent au suivi médical des malades. La première s’inquiète des « égarés dans le système ». Ainsi, 1.5 millions de dossiers hospitaliers espagnols ont été épluchés. Il ressort que 1 patient sur 7 présentant dans ses analyses un diagnostic confirmé de CBP, n’a pas été identifié comme tel ni soigné pour celle-ci.
. D’autre part, une enquête associative auprès des malades anglais révèle que leur prise en charge est très en-deçà des recommandations EASL, notamment en ce qui concerne le dosage d’AUDC, la gestion du fardeau symptomatique, l’information du patient et la proposition d’un traitement de seconde ligne en cas de réponse insuffisante à l’AUDC.
. Au terme d’une analyse rétrospective sur 30 ans, une équipe japonaise alerte : des patients CBP au stade précoce et bons répondeurs à l’AUDC peuvent développer des varices gastro-œsophagiennes. Leur apparition est difficile à prédire. On recommande donc un dépistage endoscopique périodique.
. Enfin, concernant la mesure des démangeaisons, un prestataire spécialisé dans l’évaluation des outils cliniques valide la pertinence de l’indicateur ItchRO pour la CBP. Les tables ItchRO, qui recueillent 2 fois par jour les déclarations renseignées par le patient, sont fiables et capables de détecter les petites variations d’intensité du prurit.
. Justement, un industriel a enquêté auprès de médecins américains, allemands, chinois et japonais à propos du prurit. Il apparait des différences notables dans la présentation clinique et les traitements symptomatiques. Cholestyramine et antihistaminiques sont le plus couramment prescrits mais d’autres propositions existent, seules ou en combinaison. Dans tous les cas, les patients affectés de prurit, quelle qu’en soit la sévérité, souffrent également de fatigue.
. Quatre posters rapportaient les suites aux essais cliniques de Phase 3 ayant conduit à l’autorisation de mise sur le marché de l’acide obéticholique, alias Ocaliva. Ce traitement, dit de seconde ligne, a été développé pour les malades insuffisamment répondeurs ou intolérants à l’AUDC.
. En Espagne-Portugal et en France, on a observé les malades qui prennent le traitement désormais ‘en vie réelle’ (c’est-à-dire non plus dans un essai à double insu du médecin et du patient, ni en comparaison avec un placebo). A 12 mois, le profil d’efficacité et de tolérance apparait en cohérence avec les essais cliniques.
. Au Royaume-Uni, dans une phase de 5 ans dite ‘d’extension’, on a proposé aux participants de l’essai clinique qui avaient reçu le placebo, de poursuivre avec Ocaliva. Là encore, les améliorations relevées sont conformes aux résultats antérieurs.
. Enfin, aux Etats-Unis, une phase d’extension de 6 ans a été ouverte aux malades qui avaient bien reçu Ocaliva pendant l’essai clinique mais pour lesquels l’effet du médicament avait été insuffisant. Sans atteindre tous les critères de bonne réponse au traitement, des progrès ont été observés.
. Les fibrates sont l’autre traitement de seconde ligne prescrit aujourd’hui. Une équipe espagnole a donc voulu comparer les effets d’Ocaliva et des Bézafibrates sur une cohorte de patients ayant reçu pendant 3 à 12 mois, l’un et/ou l’autre traitement. Il ressort que les deux médicaments améliorent le bilan biochimique. Les Bézafibrates seraient associés à une baisse plus prononcée des PAL, Ocaliva des transaminases. Les taux d’abandon du traitement sont comparables, vers 10%.
. Par ailleurs, une université anglaise a tenté d’évaluer le bénéfice respectif des deux médicaments sur les troubles cognitifs induits par la cholestase… avec des souris.
. Enfin, au Brésil, l’étude rétrospective de patients traités par Ciprofibrates révèle des résultats proches de ceux obtenus ailleurs avec des Béza- ou Féno-fibrates. Un réel essai clinique, randomisé-contrôlé, serait nécessaire pour comparer l’efficacité et la sécurité de ces différents fibrates.
. Plus en amont, un essai clinique international de Phase 2 s’est achevé pour le Seladelpar. Là encore, un traitement de seconde ligne avec une nouvelle molécule cousine des fibrates. Il s’agissait de déterminer, auprès d’une bonne centaine de malades, le meilleur dosage du médicament. Les résultats étant très encourageants un essai de Phase 3 (randomisé, en double-aveugle, contrôlé par placebo) est lancé : ENHANCE.
. Le Norurso est un acide biliaire chimiquement modifié, dérivé de l’AUDC. Il a déjà révélé son potentiel thérapeutique pour la cholestase. Cette fois, un essai sur volontaires sains suggère que sa biodisponibilité élevée (vitesse et taux d’absorption) entraîne un effet bénéfique sur le rein en cas d’ictère avec néphropatie cholémique.
. La Chine présentait les résultats d’un essai clinique de Phase 1 (sécurité, tolérance et pharmaco-cinétique/dynamique sur volontaires sains) pour la molécule TQA3526. Son principe serait cousin d’Ocaliva mais beaucoup plus puissant.
. Quant à la recherche fondamentale, le congrès avait retenu quatre communications traitant d’auto-immunité.
. Deux équipes, anglaise et nippone, ont travaillé dans la même direction : déterminer dans quelle mesure le polymorphisme des cellules immunitaires (c’est-à-dire les petites variations génomiques) peuvent impacter notre prédisposition à déclarer une CBP, voire même le degré d’activité de la maladie. Le but, bien sûr, est de trouver des solutions pour bloquer la maladie à son origine et non plus seulement recourir à des traitements palliatifs.
. Une autre équipe britannique, partant du fait qu’un certain type de lymphocytes B à mémoire semblait impliqué dans la pathogénie d’autres maladies auto-immunes, a voulu explorer le cas des maladies hépatiques. Effectivement, ces lymphocytes particuliers sont bien présents dans le foie des patients ayant nécessité une greffe pour cause de CBP (mais non de CSP).
. Enfin, des chercheurs américains ont investigué, à partir de biopsies humaines et murines, le rôle joué par les mastocytes dans le cas spécifique de la CBP. Les mastocytes sont des cellules du système immunitaire inné, présentes dans la plupart des tissus de l’organisme et connues pour être fortement associées au processus inflammatoire.
> Rédaction PiCo, albi 19/02/21
> Sources : posters présentés lors de l’ILC 2020 (https://ilc-congress.eu)
28 janvier 2021 | Actualités
La Fatigue est le symptôme le plus fréquent qui affecte les malades atteints de Cholangite Bilaire Primitive (CBP), Cholangite Sclérosante Primitive (CSP), Hépatite auto-immune (HAI) et syndrome LPAC.
Le projet HOPE* a comme objectif de comparer les bénéfices de deux techniques améliorant la fatigue et ayant prouvé leur efficacité dans d’autres environnements cliniques:
- l’hypnose médicale, qui s’apparente à la relaxation ou la méditation pleine conscience,
- la psychoéducation, basée sur la thérapie comportementale et cognitive
Ces méthodes sont pratiquées par des psychologues hospitalières expérimentées et seront évaluées sur des malades atteintes de CBP.
L’objectif de cette comparaison est d’orienter les malades vers la meilleure prise en charge pour leur fatigue. Comme dans toute étude scientifique les participantes sont tirées au sort pour intégrer l’un ou l’autre des groupes étudiés: hypnose, psycho-éducation et le groupe témoin, celui qui ne subit aucun traitement.
Le projet HOPE, soutenu, y compris financièrement, par notre association, avait été lancé avant la pandémie de la Covid-19 mais celle-ci l’a quasiment stoppé durant toute l’année 2020. Les responsables de l’étude relancent le projet dont vous pouvez consulter tous les détails dans cette vidéo avec des critères de participation plus larges qui n’ont plus de contrainte géographique, et qui sont désormais les suivants:
- Etre une Femme de plus de 18 ans atteinte de Cholangite Biliaire Primitive (CBP ou CBP+HAI), considérée médicalement stable par son médecin référent,
- Souffrir d’un niveau de fatigue élevé,
- Etre affiliée à la sécurité sociale et, maîtriser le français,
- avoir accès à Internet afin de compléter des questionnaires en ligne et éventuellement selon les possibilités et les souhaits des candidates participer à des entretiens par visioconférence.
Participer à cette recherche, c’est – en plus de pouvoir bénéficier soi-même d’un suivi personnalisé pendant l’étude – permettre aux autres malades ( et sans doute tous les malades atteints de maladies inflammatoires du foie et des voies biliaires) de profiter des résultats obtenus et des recommandations qui en découleront.
Si vous correspondez aux critères ci dessus, Inscrivez-vous vite pour pouvoir participer à l’étude, en présentant votre candidature aux personnes suivantes:
A l’issue de l’étude, notre association albi organisera un évènement synthétisant les enseignements de ce projet sur la psycho-éducation et l’hypnose médicale pour réduire la fatigue des malades.
*Le projet HOPE est un projet de recherche publique dont l’investigateur est le Docteur Chistophe Corpechot, animateur du Centre Coordonateur des Centres de Référence des Maladies Inflammatoires des Voies Biliaires et des Hépatites Auto-Immunes, assisté du Docteur Farid Gaouar, tous deux de l’Hôpital Saint Antoine à Paris et dont la responsable scientifique est la Professeure Aurélie Untas de l’institut de Psychologie de l’université Paris-Descartes
> Rédaction DaLe, albi 28/01/21; Mise à jour DaLe, albi 30/01/2021
> Source: les responsables du projet cités ci dessus de Hôpital Saint-Antoine et de l’Université Paris Descartes , à Paris