Microbiote, foie et alimentation

Cet article est basé sur la transcription de l’intervention du Pr. Francesca JOLY-GOMES (Hôpital Beaujon, Clichy), auteure de « L’intestin notre 2° cerveau »  lors de la Journée d’Information Médicale albi en mars 2017. Dans la mesure où il apporte des informations que nous n’avons pas par ailleurs sur le site, il nous parait intéressant de le publier. Il est à considérer dans le contexte de cet évènement : des notes prises lors d’une présentation orale, suivie de questions et non un texte scientifique formaté pour publication.

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Escherichia Coli : cette espèce bactérienne vit dans l’intestin de l’Homme et des animaux. Ces bactéries jouent un rôle déterminant dans le maintien d’un système digestif sain.

Le microbiote est la nouvelle star des médias, on en parle beaucoup, partout comme s’il était la cause de tous les maux, c’est évidemment inexact. Il s’agit probablement d’un maillon qu’on étudie mieux et qu’il faut replacer dans chaque mécanisme.

Le tube digestif

Le tube digestif est complexe, sa fonction primaire est de transformer les aliments. L’absorption des aliments se fait dans l’intestin grêle. Celui-ci est un organe très surprenant, en effet il s’agit de :

  • Premier organe immunitaire : 60-70% de nos cellules immunitaires !
  • Deuxième cerveau : 100 millions de neurones !
  • Grande surface : 400 m2 soit 2 terrains de football !
  • 100.000 milliards de bactéries, 10 fois plus de bactéries que de cellules dans le corps humain !

Le microbiote

Notre ventre est accueillant pour les bactéries on y trouve de l’oxygène, du sucre et un temps de transit. Il comprend plus de 100.000 milliards de bactéries donc plus que nos propres cellules ; il s’agit d’un véritable écosystème. Ces bactéries sont utilespour le système immunitaire et le colon (taille et fonctionnalité). Plus que la quantité de bactéries, c’est la variabilité des bactéries qui est intéressante. C’est un partenariat tout au long de la vie

Le microbiote est différent d’une personne à l’autre ; il est influencé par le mode d’accouchement, l’allaitement, les antibiotiques, durant l’enfance par exemple. La majeure partie de la constitution du microbiote se déroule entre 0 et 3 ans. Rien n’est définitif, et il existe encore des modifications après l’âge de 3 ans. Par contre, la diversité du microbiote diminue avec l’âge.

Comment étudier le microbiote ?

On parle souvent du microbiote du colon car il est plus facile à analyser (coprocultures) que celui de l’intestin grêle. Peu des bactéries du microbiote sont « cultivables » par les techniques de routine (environ 15%), dans certains laboratoires spécialisés. Dans le cadre de la recherche, une étude complète du microbiote est possible en utilisant l’ARN Ribosomal 16S. Le gène qui code l’ARN 16S est présent chez toutes les bactéries, permettant ainsi l’étude qualitative et/ou quantitative de la diversité bactérienne.

Quels sont ces organismes vivants ?

Notre intestin comprend 100.000 milliards d’organismes dont plus de 1.000 espèces différentes : bactéries, levures, virus. Il existe plusieurs grandes familles. En général, 6 « phyla » retrouvés dans l’intestin : Bacteroidetes, Firmicutes, Actinobacteria, Proteobacteria, Verrucomicrobria, Fusobacteria. Chaque individu a un microbiote qui lui est propre. On peut classer les individus selon leur entérotype ; statistiquement certains micro-organismes s’associent entre eux. Par exemple, l’entérotype 2 est caractérisé par peu de bactéroidetes, beaucoup de provetella et des taux intermédiaires de ruminococcus.

Les maladies chroniques

Il n’existe pas de réponse concernant le rôle de telle ou telle bactérie du microbiote dans la pathogenèse ou l’évolution de telle ou telle maladie. Par contre, son rôle est en cours d’étude dans beaucoup de maladies comme l’obésité, la maladie de Parkinson, l’autisme, les allergies par exemple.

La barrière intestinale est l’interface entre notre environnement et notre corps contre les maladies chroniques : on parle ainsi beaucoup de « perméabilité intestinale ». Il existe une communication entre le cerveau et le microbiote via des cytokines, la sécrétion endocrine d’hormones et des voies neuronales.

Dans l’obésité, il existe une dysbiose à l’origine d’inflammation, de stéatose et d’insulino-résistance. Cette dysbiose est secondaire à l’alimentation (pauvre en fibres et riches en gras). Dans ce cadre, l’équipe de l’hôpital Pitié Salpêtrière (à Paris) a travaillé sur la transplantation fécale sous forme de capsules qui permet d’améliorer les marqueurs métaboliques.

Dans le cadre des maladies hépatiques, il existe un lien direct entre le tube digestif et le foie, avec le passage de nutriments et parfois de bactéries. Par exemple, les fibres dégradées dans le colon par les bactéries qui produisent des acides gras à chaines courtes jouent un rôle dans la néoglucogenèse au niveau du foie. Le microbiote participe à l’initiation et à l’entretien des maladies auto-immunes du foie en modulant le système immunitaire inné.

Il existe aussi des études qui s’intéressent au rôle du microbiote dans le déclenchement de la CSP.

Comment modifier le microbiote ?

L’alimentation, les antibiotiques et la transplantation fécale sont connus pour modifier le microbiote. Il n’existe pas d’étude pour dire quel type de diététique permet de réduire le nombre de poussées ou l’évolution de la maladie (CSP). Par contre on peut suivre des règles de bon sens pour préserver la diversité du microbiote.

On mange depuis toujours des bactéries avec les fromages. Ces dernières années on est plutôt dans une démarche hygiéniste (presque trop) avec par exemple la pasteurisation des fromages : ainsi beaucoup de bactéries autrefois présentes dans les fromages ont disparu. On réfléchit, en cas d’accouchement par césarienne à faire inhaler au nouveau-né des bactéries du tractus génital de la maman pour réduire les cas d’asthme et d’allergies chez ces enfants nés par césarienne.

Les probiotiques (micro-organismes vivants) ont été étudiés dans de nombreuses pathologies : ils ont un effet bénéfique et sont recommandés pour le traitement des diarrhées chez l’enfant.

Les prébiotiques : ils se définissent comme «ingrédient alimentaire non assimilable ayant un effet bénéfique en stimulant sélectivement la croissance et/ou l’activité de plusieurs espèces bactériennes de la flore colique chez l’homme». Ils sont présents dans certains aliments.

Comment nourrir son microbiote ?

Moins de viande, moins de sucre, plus de fibres (solubles plus facile à digérer), prébiotiques.

Sources de prébiotiques :

  • Inuline : artichaut, topinambour, pissenlit, chicorée
  • FOS : graine de blé, orge, oignon, seigle, chicorée, asperge
  • GOS : lait maternel, lait de vache
  • Fructanes : artichaut, asperge, graine de blé, son de seigle, oignon, topinambour, grains d’orge…

Foie et microbiote

Il y a peu de données dans la littérature, il faudrait privilégier les acides gras à chaines courtes et les omégas 3. Par ailleurs, aucun régime de type restrictif n’est utile dans les maladies du foie.

Questions – Réponses

Quel est votre avis concernant les tests d’intolérance alimentaire et en conséquence l’éviction de certains aliments quand ils sont positifs ?

Pr Joly-Gomes : Selon moi ces tests sont uniquement du « business ». Ils ne sont absolument pas validés, aucune étude n’a prouvé leur validité. De plus, ils ne sont pas remboursés et sont très couteux.

En réduisant ou en éliminant certains aliments on peut se sentir mieux sur le plan digestif parce qu’on diminue les ballonnements et ces derniers peuvent être plus ou moins douloureux d’une personne à l’autre. Cependant il ne faut pas confondre se sentir mieux et aller mieux ; en se sentant mieux on n’améliore cependant en rien la maladie de fond. De façon générale, il vaut mieux éviter les sucres raffinés et préférer les aliments non transformés et non industriels.

Que pensez-vous de la possibilité de déclenchement d’une CSP après une prise d’antibiothérapie ?

Pr. F. Joly-Gomes : Au sens large, les antibiotiques ont un intérêt quand ils sont nécessaires, par exemple certaines pathologies du tube digestif comme les pouchites ont une très bonne réponse aux antibiotiques.

Quel est votre avis concernant le jeûne thérapeutique ?

Pr. G. Kroemer : La seule indication du jeûne thérapeutique qui a prouvé son efficacité, c’est le cas d’arthrites chez les patients obèses où un jeûne de 10 jours, encadré en hospitalisation, permet d’améliorer les symptômes et diminuer l’inflammation. Mais prudence : le jeûne connait un gros succès et un effet de mode, mais il peut être dangereux s’il n’est pas encadré.

Pr. F. Joly-Gomes : Dans certains cancers, un régime hypocalorique en pré-chimiothérapie pourrait augmenter l’effet du traitement. Mais ces données ne sont pas confirmées par une étude scientifique. A l’inverse, cette pratique pourrait également être dangereuse car elle pourrait diminuer la tolérance de la chimiothérapie, et affaiblir le patient.

Les probiotiques du commerce ont-ils un intérêt ?

Pr. F. Joly-Gomes : Chez une personne saine avec une alimentation équilibrée, ils sont inutiles. Ils ont par contre un intérêt dans le syndrome de l’intestin irritable et ont une indication en pédiatrie en cas de diarrhées.

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