Comprendre les résultats des examens

Cet article est basé sur la transcription de l’intervention du Pr Raoul Poupon (Hôpital Saint-Antoine) lors de la Journée d’Information Médicale albi en avril 2013. Dans la mesure où il apporte des informations que nous n’avons pas par ailleurs sur le site, il nous parait intéressant de le publier. Il est à considérer dans le contexte de cet évènement : des notes prises lors d’une présentation orale, suivie de questions et non un texte scientifique formaté pour publication.

vials of blood on medical diaper
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Cet exposé vise à aider les patients à mieux comprendre les résultats des examens de contrôle prescrits dans le cadre du suivi de la maladie, une fois que le diagnostic a été établi.

Les examens biologiques

Il existe trois types d’examens biologiques pour vérifier l’efficacité du traitement et juger, le cas échéant, de l’opportunité de le faire évoluer.

a) Le dosage des transaminases

Les Transaminases sont des enzymes fabriquées par les hépatocytes. La présence dans le sang en quantité anormalement élevée de ces enzymes peut traduire une cytolyse (destruction) des hépatocytes, c’est-à-dire une agression de la maladie vis-à-vis des hépatocytes.

Dans le cadre le la CBP et de la CSP, l’objectif du traitement est d’obtenir une normalisation du taux de transaminases et de le stabiliser en dessous d’un seuil correspondant à 1,5 fois la limite supérieure de la normale.

Il existe deux types de transaminases : les ASAT (SGOT) et les ALAT (SGPT). Au début de la maladie, ce sont souvent les ALAT qui augmentent alors que les ASAT, eux, ont tendance à augmenter quand la maladie progresse. L’augmentation des ASAT est un signe de fibrose du foie.

b) Le dosage des phosphatases alcalines

Ces enzymes fabriquées par le foie sont normalement éliminées dans la bile. Lorsqu’une maladie cholestatique survient, comme une CSP ou une CBP, ces phosphatases alcalines ne sont plus éliminées dans la bile mais dans le sang. Le fait de retrouver des enzymes dans le sang peut être l’indice d’une inflammation des voies biliaires. Le fait d’avoir un taux de phosphatases alcalines bas, le plus proche possible de la normale, est synonyme de la fin de l’inflammation.

Cela étant dit, ces enzymes peuvent également être produites par les os (augmentation naturelle chez les jeunes en pleine croissance et chez les personnes de plus de 65 ans).

Pour vérifier que l’augmentation des phosphatases alcalines est d’origine hépatique, il convient donc de doser, au choix, les phosphatases alcalines osseuses ou les 5’ nuclotidases qui sont un marqueur spécifique du foie.

c) Le dosage des Gamma GT

Les résultats de cet examen sont très difficiles à interpréter car l’augmentation des Gamma GT peut être multifactorielle (médicaments, surpoids, diabète, alcool). Seules la France, et dans une moindre mesure l’Espagne et l’Italie, utilise cet examen. Un taux de Gamma GT élevé peut être l’indice d’une inflammation biliaire, mais cet examen ne peut être conclusif.

La bilirubinémie, le taux de plaquettes, le taux de prothrombines

La bilirubinémie

La bilirubinémie (dosage de la bilirubine dans le sang) est élevée quand la cholestase est très importante. Cela traduit un risque de fibrose, voire une fibrose avérée. Il s’agit d’un marqueur de gravité très important. Ce test doit être normal. Dans le cas contraire, cela signifie que la maladie est très active.

Le taux de plaquettes

Le taux de plaquettes baisse en dessous de 120.000 dès que le sang n’arrive plus à passer normalement dans le foie. Un taux bas est le témoin d’une fibrose hépatique ou d’une cirrhose.

Il faut être particulièrement vigilant dans en cas de CSP car les pertes de sang souvent associées à cette maladie, et donc la baisse du taux de fer, peuvent entraîner une production de plaquettes qui peut masquer la chute des plaquettes due à la maladie. Quand les plaquettes sont normales, il convient de mesurer le taux de fer en complément pour s’assurer d’avoir la bonne interprétation.

Le taux de prothrombines

La baisse du taux de prothrombines (protéine fabriquée par le foie) et celle de l’albuminémie (dosée par électrophorèse des protides) sont des tests plus tardifs qui confirment la maladie.

Les examens qui n’ont pas de rapport direct avec la maladie

Le cholestérol (total, HDL, LDL, Triglycérides)

Une élévation de la cholestérolémie survient de 70 % des maladies biliaires. Il convient néanmoins de distinguer le HDL, qui est du bon cholestérol qui n’entraîne pas d’athérosclérose, du LDL et des triglycérides, qui sont souvent associés à un surpoids.

Cela peut justifier de suivre un traitement. Pour autant, il n’est pas prouvé qu’il faille traiter l’hypercholestérolémie des patients atteints de CBP. En effet, les quelques études réalisées montrent que l’incidence des maladies cardiovasculaires n’augmente pas. Cela serait dû au fait que ces patients fabriquent de l’adiponectine, une protéine normalement produite par le tissu adipeux, qui protège contre l’inflammation des artères et diminue l’influence du diabète.

Concernant la question du régime alimentaire, outre la supplémentation en vitamine D, il convient de manger cinq légumes et fruits par jour (carottes, champignons, tomates, pointes d’asperge, abricots secs, pommes de terre, oranges) car cela s’avère être la manière la plus simple d’assurer un apport équilibré en sodium et en potassium. 

En revanche, il faut éviter de prendre de la vitamine A en excès. D’après un récent article paru dans Sciences, il faut également éviter de consommer plus de deux fois par semaine des viandes rouges et du jaune d’oeuf. En effet, ces produits sont très riches en L-Carnitine qui, après absorption dans l’intestin est métabolisée dans le foie sous forme de TMAO dont le produit dérivé est toxique et pourrait favoriser une athérosclérose très rapide.

Les acides biliaires (sang, urines)

Cet examen permet de vérifier que le traitement est bien adapté.

Les anticorps

Ce dosage ne doit être effectué qu’une fois pour diagnostiquer la maladie.

Le fibroscan

Cet examen consiste à mesurer l’élasticité du foie en utilisant une sonde enregistre la vitesse de propagation des ultrasons dans le foie. 

Ce test non invasif permet de suivre l’évolution du foie sans avoir à pratiquer de biopsie. Ce procédé innovant a changé la prise en charge des maladies biliaires et est devenu un complément indispensable pour suivre l’évolution de la maladie et adapter le traitement. 

Cet examen permet même de prévoir l’évolution des maladies pour une dizaine d’années.

> Création PhDu, albi, le 20/10/2022
> Rédaction PaCo, albi, le 19/09/2022
> Source : Pr Poupon, JIM albi 2013

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