
La question vient naturellement chez tous les malades : « on vient de m’annoncer que j’ai une maladie inflammatoire du foie et des voies biliaires, quel régime alimentaire dois-je suivre ? » Une maladie qui touche le foie doit forcément s’accompagner d’un régime… En fait, non, ou pas vraiment.
Pas de régime particulier donc, mais cependant quelques directions. Ce que l’on peut recommander aux malades en matière d’alimentation correspond en fait à ce que tout le monde devrait suivre, et cela tient en deux mots : manger équilibré. En outre, on prêtera attention aux vitamines liposolubles et aux aliments riches en cholestérol. Sans oublier que le complément naturel de la discipline alimentaire est l’exercice physique régulier, les deux avancent main dans la main dans la bonne direction.
L’équilibre avant tout
Le bon équilibre des différents aliments est synthétisé dans ce schéma de la pyramide alimentaire (cliquez sur l’image pour l’agrandir).

Pour l’alimentation d’un adulte, les recommandations se décomposent ainsi :
Eau : à volonté, ou thé, infusions non sucrées, 1 à 2 litres par jour
Fruits et légumes : au moins 5/jour
• 1 portion = 80 à 100 g
• Le jus de fruits ne compte pas : pas plus d’un verre par jour
• Favoriser la diversité, le local, la culture raisonnée ou bio
• De saison de préférence
Produits laitiers : 2 portions/jour
• 1 portion = 15 cl de lait s’il est supporté, 125 g de yaourt, 30 g de fromage
• Privilégier les fromages riches en calcium et peu gras
Produits céréaliers (pâtes, riz, pain, …) complets ou peu raffinés : tous les jours
Fruits à coque (amandes, noix, noisettes, pistaches) sans sel ajouté : 1 petite poignée/jour
Légumineuses : au moins 2 fois/semaine
• Lentilles, pois chiches, haricots secs. Ils peuvent être réduits en purée puis passésau tamis pour être digérés plus facilement
Poissons – Fruits de mer : 2 fois/semaine dont 1 poisson gras
Viande : 500 g/semaine • Préférer la volaille
Charcuterie : pas plus 150 g/semaine
• Préférer le jambon blanc (150 g = 3 tranches)
Matières grasses ajoutées, sodas, sel, produits sucrés (céréales petit-déjeuner, gâteaux, glaces…) : à limiter au maximum. Il est recommandé de privilégier les huiles riches en oméga-3 : Huile de colza, huile de noix, huile d’olive.
Il faut éviter de consommer plus de deux fois par semaine des viandes rouges et du jaune d’oeuf. En effet, ces produits sont très riches en L-Carnitine qui, après absorption dans l’intestin est métabolisée dans le foie sous forme de TMAO dont le produit dérivé est toxique et pourrait favoriser une athérosclérose très rapide. (voir intervention Pr Poupon JIM albi 2013)
Suivez le nutriscore
Quand vous achetez des produits transformés (préférez les produits frais et locaux), regardez le nutriscore qui figure à l’avant des emballages. Cet étiquetage nutritionnel n’est pas obligatoire (mais s’il n’y en a pas, méfiance…). Le Nutri-Score a été développé pour faciliter la compréhension des informations nutritionnelles par les consommateurs et ainsi de les aider à faire des choix éclairés.
Le logo informe sur la qualité nutritionnelle des produits sous une forme simplifiée et complémentaire à la déclaration nutritionnelle obligatoire. Il est basé sur une échelle de 5 couleurs : du vert foncé au orange foncé et associé à des lettres allant de A à E pour optimiser son accessibilité et sa compréhension par le consommateur.
Le logo est attribué sur la base d’un score prenant en compte pour 100 gr ou 100 mL de produit, la teneur :
- en nutriments et aliments à favoriser (fibres, protéines, fruits, légumes, légumineuses, fruits à coques, huile de colza, de noix et d’olive),
- et en nutriments à limiter (énergie, acides gras saturés, sucres, sel).
Après calcul, le score obtenu par un produit permet de lui attribuer une lettre et une couleur.

Varier les protéines
Les protéines se trouvent dans une variété de produits, qu’il est recommandé de panacher tout au long de la semaine : viandes, volaille, poisson, œufs, sans oublier les légumes secs (pois, lentilles, soja, fèves…)
Dans tous les cas, préférez les produits frais, de saison, si possible produits localement. À défaut, utilisez des produits en conserve ou surgelés peu transformés. La variété est importante.
Les bonnes vitamines
Les vitamines sont des substances organiques de structure et de fonction très hétérogènes, sans valeur énergétique propre (micronutriments), qui ont en commun d’être indispensables à une vie en bonne santé à des quantités minimes. Elles sont apportées naturellement par les aliments et n’ont pas besoin d’être supplémentées si l’alimentation est normalement équilibrée, sauf en cas de carence qui ferait l’objet d’un avis médical.
Les besoins quotidiens de chacune des vitamines sont difficiles à déterminer, et varient selon les individus, mais elles sont de l’ordre du milligramme. Il est donc inutile de « se bourrer de vitamines », cela ne sert à rien de se surdoser en vitamines, et peut même être néfaste. L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a publié une description synthétique des fonctions, des sources alimentaires et des références nutritionnelles disponibles pour l’ensemble des vitamines et minéraux.
Pour les maladies des voies biliaires, mangez donc équilibré et privilégiez les vitamines liposolubles (solubles dans les graisses). Pensez à consommer régulièrement des aliments qui en comportent et particulièrement de la vitamine D — dont la source principale reste l’exposition modérée au soleil. Les autres sont les vitamines A, E et K. L’absorption des vitamines liposolubles par l’organisme est diminuée dans la cholangite sclérosante primitive. Mais où les trouve-t-on ?
| Vitamine A | Essentielle pour la vision et la croissance Lait et produits laitiers, œufs, poissons, foie et abats (attention à ne pas prendre de vitamine A en excès) |
| Vitamine D | Indispensable au maintien de la santé des os En quantité importante : poissons gras (saumon, hareng, sardine, anchois, truite arc-en-ciel mais aussi maquereau, flétan, anguille, thon) En plus faible quantité : viandes, œufs, abats, champignons, pâtés |
| Vitamine E | Antioxydant puissant Essentiellement dans les huiles végétales(par ordre d’importance des apports : huiles de germe de blé, de tournesol, de maïs, de soja, d’olive, margarine, œufs) |
| Vitamine K | Indispensable à la coagulation du sang Choucroute, choux de Bruxelles, chou-fleur, épinards, laitue, farine de soja, brocolis |
Comment diminuer les risques de cholesterol ?
Au cours de la cholangite biliaire primitive, dans environ 3 à 4 cas sur 10, il existe une élévation marquée du cholestérol. Celle-ci est due au fait que le foie dans la cholangite biliaire primitive en fabrique en excès. Le but de l’alimentation lorsque que l’on est atteint de maladies biliaires est de limiter cette élévation du cholestérol dans le sang. Aussi, le meilleur moyen d’éviter cette élévation du cholestérol est de surveiller les apports alimentaires et de favoriser son élimination.
Les aliments riches en cholestérol sont le beurre, les graisses animales, le fromage, les œufs, les charcuteries. On conseille donc de limiter l’apport de fromage à 20 à 30 g en moyenne par jour et de limiter la consommation d’œufs à 2 à 4/semaine maximum. Concernant les graisses saturées, il faut les éviter absolument (graisses animales, graisses des abats).
Il y a gras et gras
Il convient, comme pour tout le monde, de consommer des huiles insaturées, l’huile de colza de première pression, l’huile d’olive et bien sûr de consommer des aliments ayant une teneur élevée en omega 3. Les poissons, en particulier les poissons dits gras, sont les seuls à avoir une concentration suffisante en acides gras insaturés. L’administration de graisses ou d’acides gras insaturés sous forme de gélules s’est révélée sans effet à court terme ni bénéfique ni maléfique au cours de la cirrhose biliaire primitive (étude du Docteur Giral et du Professeur Poupon effectuée en 1992).
Ai-je encore droit à l’alcool ?
Malgré le terme de cirrhose qui lui a été donné à l’origine, la cholangite biliaire primitive n’a pas de rapport avec la cirrhose d’origine alcoolique, les autres maladies biliaires non plus. L’alcool n’est donc pas formellement interdit, mais une majorité de patients n’en consomme jamais, par goût ou principe de précaution. Ceux qui en consomment le font très occasionnellement et très modérément, après avis favorable de leur médecin.

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