



« Mon foie connais pas ! » Ce slogan adopté dans les années 60-70 par l’eau de Vichy Saint-Yorre (ici la série des fables de La Fontaine par André Dahan résume bien l’état général des connaissances que nous avons sur cet organe pourtant vital. Il est vrai qu’avec le foie, on s’accomode volontiers de l’adage « pas de nouvelle, bonne nouvelle ! ». Quand on est amené à parler de son foie, c’est rarement avec des arrières-pensées positives genre « tiens, mon foie est super en forme aujourd’hui ! »
Rafraîchissons donc nos connaissances sur le foie, ses fonctions étonnantes et les dérèglements possibles.

Le foie et ses fonctions
Le foie est un organe volumineux (3 kg en moyenne chez l’adulte), situé en grande partie à droite de l’abdomen. On le qualifie souvent de super « usine chimique ». De forme cônique, il est fait de trois grandes structures juxtaposées en série. Une structure vasculaire, appelée sinusoïdes, reçoit le sang oxygéné directement du cœur par l’artère hépatique (« hépatique » : qui a rapport au foie) et le sang de l’intestin par la veine porte, laquelle amène ainsi les nutriments au foie.
En grec, le foie se disait hêpar. Ce mot sert de racine aux termes scientifiques qui se rapportent au foie : les hépatocytes sont des cellules du foie, l’hépatologue est le spécialiste du foie, les pathologies hépatiques sont les maladies du foie. En revanche, le mot français « foie » vient du latin ficatum qui veut dire « aux figues » car les anciens étaient friands de foie farci aux figues. Le foie est un organe jugé comme important depuis longtemps. Il était considéré, chez les grecs anciens, comme le siège du courage, de l’amour et du désir.
Un filtre intelligent
Chaque minute, 1,5 litre de sang traverse cet organe pour regagner le cœur par les veines centrolobulaires. Un deuxième compartiment (cellulaire) est constituée d’hépatocytes, cellules qui constituent 70 % de la masse du foie. Elles ont pour mission de stocker et de relarguer, à la demande, les substrats énergétiques et les protéines nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme entier. Les hépatocytes assurent en outre la transformation, l’inactivation ou l’élimination de produits exogènes (comme les médicaments) ou endogènes (comme la bilirubine ou l’excès de cholestérol). Toutes ces substances potentiellement toxiques sont irréversiblement éliminées dans les structures biliaires (3° compartiment – canalicules, canaux biliaires).
Le foie est capable de se régénérer. Ainsi, si l’on retire une partie du foie, la partie restante va se développer et restaurer l’organe, même si cela ne permet pas de reconstituer le foie initial.
Un organe aux multiples facettes
Si on compare souvent le foie à une usine, c’est une usine très sophistiquée qui ne se contente pas de fabriquer mais également de recycler et de stocker.
1. Un rôle clé dans la dégradation de certaines molécules
Le foie est le principal organe impliqué dans la dégradation de certaines molécules formées par l’organisme (cholestérol, hémoglobine) mais aussi de molécules étrangères à l’organisme (toxines, médicaments).
2. Un lieu de stockage des réserves d’énergie et de nutriments
À chacun de vos repas, votre foie transforme et stocke 1/4 à 1/3 des glucides (sucres) absorbés en sucres complexes ou en graisse. Il peut également stocker des vitamines, du fer, … Entre les repas, il retransforme une partie de ce stock en sucre pour assurer une alimentation continue et équilibrée à votre organisme. Au-delà du stockage, il joue un rôle de régulation du taux de sucre dans le sang.
3. Le lieu de synthèse de nombreuses molécules essentielles
C’est dans le foie qu’est fabriquée la majorité des protéines qui circulent dans le sang : celles impliquées dans la coagulation sanguine, dans la réponse immunitaire ou, comme l’albumine, dans le transport des graisses et des hormones. Le foie participe aussi à la fabrication du cholestérol et de la bile, substance clé pour la digestion et l’assimilation des nutriments lipidiques.
Les maladies du foie
Le foie peut être le siège d’un très grand nombre d’affections. Lorsque celles-ci sont méconnues ou deviennent chroniques, elles peuvent donner lieu à une fibrose, une désorganisation de l’architecture, que l’on appelle communément cirrhose. Ce terme ne préjuge pas de la cause de la maladie. Au stade de la cirrhose, des complications graves peuvent survenir, notamment le cancer.
Les principales affections hépatiques peuvent être dues ou résulter :
- de l’exposition à des toxiques comme l’alcool ou certains médicaments. La susceptibilité varie d’un patient à l’autre et dépend de prédispositions génétiques, métaboliques ou de la combinaison de plusieurs facteurs de risque. On estime que statistiquement la consommation à risque se situe à un seuil de plus de 4 verres de vin à 10 ° par jour chez l’homme et de 2 verres pour la femme ;
- de désordres métaboliques dont les plus fréquentes sont le diabète et l’insulinorésistance associé à une surcharge pondérale, responsables d’une affection du foie appelée hépatite stéatosique ;
- de l’exposition aux virus dont les plus dangereux sont les virus B et C car ils peuvent persister indéfiniment dans le foie et créer des inflammations chroniques pouvant évoluer vers la cirrhose ;
- d’anomalies génétiques conduisant à des surcharges en fer (hémochromatose), en cuivre (maladie de Wilson) ou en graisses, cholestérol, triglycérides (stéatoses) ;
de pathologies touchant plus spécifiquement les structures biliaires, la plus fréquente étant la lithiase biliaire, présence de calculs dans les voies biliaires ; - d’affections comme la cholangite biliaire primitive (CBP), les cholangites inflammatoires, qui relèvent des mécanismes complexes non encore totalement élucidés ;
- de maladies cancéreuses du foie et des voies biliaires qui compliquent les maladies inflammatoires chroniques arrivées au stade de la cirrhose. Le foie peut être également la cible de processus cancéreux issus d’autres organes.
> création: PhDu, albi, le 29/03/2007
> révision PhDu, albi, le 7/10/2022
> sources: Pr Poupon, divers

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