L’ostéoporose, une complication à surveiller

L’ostéoporose est une complication fréquente et potentiellement grave des maladies biliaires chroniques. Une surveillance régulière est indispensable

L’ostéoporose est une maladie osseuse qui associe à la fois une diminution de la densité de l’os et des modifications de sa micro-architecture. L’os est plus fragile, moins résistant et, par conséquent, le risque de fracture augmente (fractures du col du fémur, du poignet, des vertèbres…)

Les fractures ostéoporotiques (ou fractures de fragilité) surviennent à la suite d’un faible traumatisme équivalent au plus à une chute de sa propre hauteur en marchant.

Il ne faut pas confondre ostéoporose et arthrose, deux maladies fréquentes mais différentes survenant après 50 ans :

  • L’ostéoporose est une maladie diffuse du squelette caractérisée par une diminution de la densité des os, de la masse osseuse et donc de la résistance osseuse. Elle peut entrainer des fractures. Le problème est qu’une ostéoporose n’est pas douloureuse, le malade ne s’aperçoit pas que son squelette est fragilisé.
  • L’arthrose est une usure puis une destruction du cartilage des articulations. Elle est douloureuse et diminue la mobilité articulaire. Elle touche essentiellement les grosses articulations qui supportent le poids du corps : genoux, hanches et colonne vertébrale.

L’os est un tissu vivant qui se reconstruit en permanence pour conserver sa solidité. L’os ancien endommagé est remplacé par un nouvel os sain. C’est le remodelage osseux.

Jusqu’à environ 45 ans, les activités de résorption et de formation s’équilibrent et permettent le renouvellement de la structure osseuse. Avec le vieillissement, tant chez la femme que chez l’homme, il y a une diminution « naturelle » de la masse osseuse.

Au-delà du facteur vieillissement, l’ostéoporose peut survenir chez les patients traités au long cours par corticoïdes (ce qui est le cas des malades d’hépatite auto-immune HAI), mais également chez des personnes ayant des maladies chroniques.

Un risque élevé pour les maladies biliaires

Ainsi, les maladies cholestatiques chroniques, dont la cholangite biliaire primitive (CBP) et la cholangite sclérosante primitive (CSP) sont associées à un sur risque d’ostéoporose. En effet, le défaut de sécrétion de la bile liée à la cholestase entraine une diminution de l’absorption intestinale de la vitamine D qui joue un rôle essentiel pour la minéralisation osseuse. On estime que les patients atteints de CBP ont 4 fois plus de risque de développer une ostéoporose par rapport à la population générale (1). Le dépistage de l’ostéoporose par ostéodensitométrie est ainsi recommandé pour tous les patients atteints de CBP et de CSP, au moment du diagnostic puis tous les 3 à 4 ans (2). Si l’ostéoporose est avérée, il convient d’orienter les patients vers un rhumatologue pour débuter un traitement adapté.

Dans une étude suédoise publiée en 2023 dans la revue Journal of Internal Medicine, les patients atteints de CBP avaient un risque de fracture ostéoporotique 2 fois plus important par rapport aux sujets témoins (3). Le risque était le plus important pour les fractures vertébrales et les fractures costales. Dans cette étude, la survenue d’une fracture était associée à une mortalité à 1 an 2 fois supérieure chez les patients atteints de CBP.

Cette étude de grand effectif montre donc que la CBP est associée à une augmentation du risque de fracture ostéoporotique, avec des conséquences qui peuvent être potentiellement graves. Ces résultats confirment ainsi l’importance de dépister l’ostéoporose chez les patients atteints de CBP ou de CSP, afin de débuter précocement un traitement anti-ostéoporotique permettant de diminuer le risque de fracture.

Des mesures hygiène-diététiques indispensables

Avant tout traitement spécifique de l’ostéoporose et en accompagnement du traitement d’une ostéoporose diagnostiquée, le médecin :

  • corrige une éventuelle carence en vitamine D. Après un traitement d’attaque, la dose de vitamine D en entretien varie entre 800 UI et 1 200 UI  par jour. Des doses équivalentes de 80 000 à 100 000 UI peuvent être proposées tous les 2 à 3 mois ;
  • s’assure d’un apport en calcium suffisant. Il peut conseiller une modification de l’apport alimentaire ou prescrire un médicament qui associe calcium et vitamine D. L’apport total en calcium doit atteindre 1 000 à 1 200 mg par jour chez une femme ménopausée (apport par l’alimentation, y compris les eaux minérales riches en calcium, seule ou avec un supplément médicamenteux) ;
  • propose l‘arrêt du tabac ;
  • incite à la pratique d’activité physique adaptée et suffisante, qui permet de renforcer l’équilibre et de diminuer le risque de chute ;
  • s’assure de la mise en place de mesures de prévention des chutes.

L’activité physique, première mesure de prévention

Les bénéfices d’une activité physique régulière dépassent largement la prévention de l’ostéoporose, mais plus spécifiquement sur cette question, tous les exercices au cours desquels les pieds et les jambes soutiennent tout le poids du corps (on parle de mise en charge) augmentent la masse osseuse et sont à privilégier.

L’activité la plus simple et la plus accessible est la marche à pied, à pratiquer plusieurs fois par semaine.

Un traitement adapté

En cas d’ostéoporose avérée, le rhumatologue adaptera le traitement au profil du patient.

Les médicaments les plus utilisés pour traiter l’ostéoporose sont les bisphosphonates. Ces molécules freinent l’activité des ostéoclastes, les cellules qui dégradent l’os, limitant ainsi la perte osseuse. Les autres médicaments sont utilisés en seconde intention ou dans des situations particulières.

Une fois décidé, le traitement de l’ostéoporose doit être pris sans interruption. Même si la personne n’a aucune fracture, il ne doit pas être arrêté. Un traitement interrompu ne peut plus prévenir le risque de fracture sur 5 à 10 ans.

Si vous n’avez pas eu d’examen de dépistage d’ostéoporose depuis 3 ou 4 ans, ou si vous avez des interrogations sur cette possible complication, parlez-en à votre médecin lors de votre prochain rendez-vous.


> création : PhDu, albi, le 17/05/2023
> Sources : Dr Pierre-Antoine Sorret, ameli.fr site de l’Assurance Maladie

Références :

1.         Guañabens N, Cerdá D, Monegal A, Pons F, Caballería L, Peris P, et al. Low bone mass and severity of cholestasis affect fracture risk in patients with primary biliary cirrhosis. Gastroenterology. 2010;138(7):2348‑56. 

2.         Haute Autorité de Santé – PNDS Cholangite Biliaire Primitive . Disponible sur: https://www.has-sante.fr/jcms/p_3300344/fr/cholangite-biliaire-primitive

3.         Schönau J, Wester A, Schattenberg JM, Hagström H. Risk of fractures and postfracture mortality in 3980 people with primary biliary cholangitis: A population-based cohort study. J Intern Med. 00:1‑14. 

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